Les parents n'ont pas arrêté de donner un téléphone à leurs enfants. Ils ont simplement repoussé la limite d'un an.
La part des enfants de neuf ans ayant leur propre téléphone est passée de 82 à 67 %. Mais si l'on regarde de plus près les chiffres de l'autorité suédoise des médias (Mediemyndigheten), les 10 et 11 ans n'ont pas bougé d'un pouce. Toute la rupture de tendance se concentre sur une seule année d'âge.
Par Barnluren
En septembre 2025 paraissait le rapport Ungar & medier 2025 de Mediemyndigheten, l'autorité suédoise des médias : la plus grande enquête sur les habitudes médiatiques des enfants en Suède, menée tous les deux ans depuis 2005. Un chiffre a retenu l'attention : la part des enfants de neuf ans possédant leur propre téléphone portable est passée de 82 % en 2022 à 67 % en 2024.
L'autorité parle elle-même d'un renversement de tendance, et c'est justifié. L'accès à un téléphone personnel a augmenté dans toutes les tranches d'âge depuis le début des mesures. La plus forte hausse a eu lieu dès la période 2012–2014, et chez les adolescents elle est pour ainsi dire totale depuis 2016. Que la courbe s'infléchisse quelque part est une nouveauté.
Mais l'intéressant n'est pas qu'elle s'infléchisse. C'est où elle s'infléchit.
Seulement les enfants de neuf ans
Si l'on regarde les âges voisins, rien ne bouge :
- 10 ans : 90 % ont leur propre téléphone portable. La part de ceux qui n'y ont aucun accès est de 7 %, comme en 2022.
- 11 ans : 95 % ont leur propre téléphone portable. La part de ceux qui n'y ont aucun accès est d'environ 3 %, là aussi comme en 2022.
Toute la baisse se concentre donc sur une seule année d'âge. Dans le même temps, la part des enfants de neuf ans qui n'ont aucun accès à un téléphone est passée de 12 à 23 %, soit presque un doublement.
Cela veut dire autre chose que ce que suggère le titre. Les parents n'ont pas cessé de donner un téléphone portable à leurs enfants. Ils en ont décalé le moment. La limite qui se situait auparavant à neuf ans se situe aujourd'hui à dix.
C'est un petit déplacement dans les statistiques, et quelque chose de grand dans la vie d'un enfant.
Ce qui se passe pendant cette année-là
Un an, cela paraît court. Mais c'est une année où les camarades de classe reçoivent peu à peu un téléphone, où les contacts entre enfants passent de plus en plus par lui, et où un enfant sans portable doit passer par un adulte chaque fois qu'il veut joindre quelqu'un.
C'est là que naît l'écart. Pas dans le temps d'écran. Celui-ci diminue aussi : la part des 9–12 ans qui utilisent des appareils numériques plus de trois heures par jour a baissé de dix points de pourcentage depuis 2022. Il s'agit du social. Un enfant qui attend avant d'avoir un téléphone n'attend pas seulement un appareil. Il attend de pouvoir joindre lui-même un copain.
Et cette possibilité n'a rien à voir avec l'écran. Elle a à voir avec le fait de pouvoir téléphoner.
Pourquoi cela compte pour nous
Nous construisons Barnluren précisément pour cette année-là. Un téléphone fixe à la maison, sans écran et sans accès à Internet pour l'enfant, relié uniquement aux contacts approuvés par les parents. L'enfant peut décrocher et appeler un copain qui a aussi Barnluren. La famille répond dans une application gratuite.
Nous ne prétendons pas qu'un téléphone règle la question de l'âge auquel un enfant devrait avoir un portable. Chaque famille en décide elle-même, et la recommandation de Folkhälsomyndigheten, l'agence suédoise de santé publique, d'attendre l'année des 13 ans de l'enfant est un meilleur point de départ que tout ce que nous pourrions dire.
Mais les chiffres montrent que de plus en plus de familles choisissent d'attendre. Et celui qui attend a besoin de quelque chose avec quoi attendre. Sinon, l'attente est silencieuse.
Source
Mediemyndigheten, Ungar & medier 2025, publié le 23 septembre 2025. Les données sur les enfants de neuf ans figurent à la section 1.1 et dans le diagramme 10 d. La collecte des données a été réalisée à l'automne et à l'hiver 2024.